La question de la pénurie des enseignants Professionnels

jeudi 30 août 2012
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La question de la pénurie des enseignants professionnels doit être abordée à un double niveau s’agissant du Cameroun : le primaire et le secondaire. Les problèmes se posent d’une façon spécifique à chacun de ces niveaux. Il va sans dire, que quelque soit le niveau, la pénurie affecte la qualité de l’éducation.

I- Du recrutement et de la formation des enseignants Le recrutement des enseignants, diffère, selon qu’on est au secondaire ou au primaire. I.1- Dans le secondaire Les enseignants de l’enseignement secondaire général sont tous issus de l’Ecole Normale supérieure (ENS) depuis 1961, et de l’ENS de Maroua de puis 2010, tandis que ceux de l’enseignement technique sont issus des Ecoles Normales Supérieures de l’Enseignement Technique (ENSET) de Douala et de Bamenda (depuis 2011). Dans les Ecoles Normales Supérieures, les recrutements à l’entrée se font sur la base du baccalauréat pour cinq années d’études, et de la licence pour deux années d’études. Il faut signaler, s’agissant de l’enseignement technique, que la plupart des enseignants des collèges d’enseignement technique industriel et commercial (CETIC), sont formés dans des Ecoles d’Instituteurs de l’Enseignement Technique (ENIET) qui ne donnent pas directement accès à la Fonction Publique. Ils sont donc, comme les instituteurs de l’enseignement primaire, recrutés sur contrat. Nous y reviendrons. Si la formation initiale est assurée par les Ecoles normales, la formation continue relève de la compétence des inspecteurs de pédagogie ; elle se déroule lors des « journées pédagogiques » qui se tiennent au moins une fois par an et pendant une journée sur un thème arrêté l’inspection de pédagogie.

I.2- Dans le primaire Dans l’enseignement primaire, les Ecoles Normales d’Instituteurs de l’Enseignement Général (ENIEG), et les ENIET forment les instituteurs. Elles recrutent sur la base de trois diplômes le Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC), le Probatoire, le Baccalauréat. Le nombre d’années d’études est fonction du diplômes de base du recrutement : pour le BEPC, trois années d’études ; le Probatoire, deux années d’études ; le Bac, une année d’études. Ces Ecoles ont été fermées avec les plans d’ajustement structurel (PAS) en 1987. Avant cette date, elles donnaient accès à la Fonction Publique. A leur réouverture en 1995, elles ont été dé fonctionnarisées et créées dans tous les départements de la République. De dix (10)au départ, elles sont aujourd’hui au nombre de cinquante quatre(54). L’offre de formation est donc abondante en matière de formation des enseignants dans le primaire, et les contenus de formation de très bonne facture, que ce soit sur le plan pédagogique ou sur le plan scientifique. La formation continue est assurée par les inspecteurs d’arrondissement de l’enseignement primaire et maternel, et les inspecteurs nationaux et régionaux de pédagogie. Ce qu’il faut déplorer dans la formation continue telle qu’elle se fait, c’est qu’elle n’est pas conçue en collaboration avec les enseignants sur le terrain, ni avec leurs syndicats ; tout vient du sommet. De 1987 à 2002, les recrutements n’ont pas été faits dans le primaire. Les effectifs de ce secteur étaient donc vieillissants, et ceux qui allaient en en retraite n’étaient pas remplacés ; ce qui a engendré un grand déficit d’enseignants dans nos écoles primaires. Pour palier le déficit, le gouvernement a procédé à partir de 1999 à des recrutements de ce qu’on appelé « les vacataires », qui avaient un salaire de 60000f pendant neuf mois. La deuxième étape a été de fonctionnariser 1700 instituteurs vacataires, en 2002. A partir de 2003, 5000 instituteurs ont été recrutés comme contractuels. Et depuis 2005, avec l’appui de la coopération française, dans le cadre du C2D, 30 000 instituteurs ont été « contractualisés ». La contractualisation a en principe une durée de cinq ans, et les salaires ici sont de 120 000 f alors que les instituteurs fonctionnaires ont un salaire de 160 000 FCFA en début de carrière. Dans le secteur privé, la moyenne du salaire d’un instituteur est de 30 000 FCFA. En l’absence d’une convention collective, c’est chaque fondateur qui fixe les montants des salaires de ses enseignants. Les syndicats, lors du cycle de négociations engagées avec le gouvernement en février 2012, ont fait de la titularisation de ces « contractualisés », et de la signature d’une convention collective dans le secteur privé deux de leurs exigences. Le gouvernement a promis de le faire progressivement et par voie de concours. Mais malgré les recrutements massifs de ces dernières années, le déficit en enseignants est encore persistant.

II- De la pénurie des enseignants Comme au niveau des recrutements, le problème de la pénurie se pose de façon différente selon que l’on est au secondaire ou au primaire.

II.1- Dans le secondaire Ici, la pénurie n’est pas très importante du fait les ENS donnent directement accès à la Fonction Publique, et les effectifs y ont été triplé depuis l’année 1994. Si le gouvernement respectait la carte scolaire qu’il lui- même élaborée, certainement que le déficit aurait longtemps été résorbé dans ce secteur de l’éducation au Cameroun. Malheureusement, le gouvernement procède à une création anarchique des établissements scolaires, surtout dans les zones rurales, au point où il est fréquent d’en trouver quatre dans un rayon de dix kilomètres, aucun n’excédant des effectifs de cinquante élèves pendant plus de dix ans. Sous le fallacieux prétexte de rapprocher l’école des élèves, alors qu’elles obéissent à des motivations de positionnement politiques des cadres du parti au pouvoir, nous nous retrouvons en permanence avec un déficit d’enseignants, les ENS ne pouvant ravitailler en personnels la pléthore des établissements que l’on crée au début de chaque année scolaire. Les responsables de ces établissements et le associations des parents d’élèves sont alors obligés d’engager des enseignants non formés et naturellement payés au rabais, avec des conséquences désastreuses que l’on devine au niveau de la qualité de l’éducation. Il faut ajouter à cela la mauvaise gestion du personnel enseignant du fait de la corruption. La plupart des enseignants affectés dans ces établissements de zones fortement enclavées et sans structures d’accueil, versent de fortes sommes d’argent aux responsables chargés des mutations pour les faire revenir dans les grands centres urbains. A titre d’exemple, le délégué régional des enseignements secondaires pour la Région du Centre affirmait en 2010, que sur les 8000 enseignants que comptaient cette région, 4000 environ exerçaient dans la seule ville de Yaoundé. Ce contexte ne diffère pas beaucoup de celui du primaire.

II.1- Dans le primaire Nous l’avons dit plus haut, la fermeture des ENI, et leur dé fonctionnarisation dès leur réouverture, ont privé les écoles primaires d’enseignants de qualité. Ici aussi, la création anarchique des établissements scolaires sur la base des motivations politiciennes risque de rendre le déficit provisoirement définitif. Meyo Suzanne, institutrice contractualisée en service dans la région de l’Extrême- Nord du pays affirme : « dans les zones rurales de cette région, il n’y a pas d’école qui ait un enseignant pour chaque classe. Généralement, chaque enseignant tient au moins deux niveaux. Dans certains établissements même, vous n’avez que un ou deux instituteurs, alors vous pouvez avoir trois niveaux ; tels est le cas de l’école publique de Tchoko où j’officie ». Lorsqu’il y a pénurie d’enseignants dans une école, comme au secondaire, les parents d’élèves en recrutent un ou plusieurs qui ne sont pas généralement pas formés. Mais il faut dire que le nombre d’enseignants de parents a fortement diminué, passant de plus de 7000 à moins 500. En fait, la situation est identique dans toutes les autres régions du pays. Le secteur primaire est en effet le plus sinistré en matière de déficit en enseignants, et cette situation va même s’aggraver puisque le programme de 30000 enseignants s’est achevé, et l’on continue de créer des écoles. Le gouvernement estime le déficit en enseignants à environ 10 000 enseignants après le recrutement sus évoqué. Les zones rurales du grand nord sont les plus touchée s, malgré le fait que les deux tiers des effectifs du recrutement des 30 000 instituteurs contractualisés sont allés dans cette région du pays. Comme dans le secondaire, la structure des effectifs est la même. Dans toutes les régions, les centres urbains sont mieux fournis en personnels enseignants, tandis que les zones rurales sont pratiquement sinistrées pour les mêmes raisons évoquées dans le secondaire. Dans les centres urbains, les effectifs sont pléthoriques ; dans certaines salles de classes, les élèves sont assis à même le sol, ne laissant pas à l’enseignant la possibilité d’assurer la discipline qui est la condition de possibilité d’une éducation normale. Certes, certaines classes ont deux enseignants, mais face aux effectifs avoisinant ou dépassant la centaine, deux enseignants, ou même trois, dans une salle de classe, ne sont pas la garantie d’une éducation de qualité. En effet, en dehors de la discipline qui est impossible à maintenir dans ces conditions, une telle salle de classe est un milieu polluée, et donc dangereux pour la santé des élèves et des enseignants. Beaucoup d’élèves s’évanouissent pendant la saison sèche dans ces salles de classes, et c’est souvent l’hypothèse des causes maléfiques qui est souvent retenue pour justifier un tel phénomène. On voit bien dans ce contexte que le nombre d’enseignants qui est élevé en valeur relative dans les centres urbains est en réalité une fiction, parce que ce sont les structures d’accueil qui font qui font défaut. Cela signifie que si les salles de classes avaient des effectifs normaux, les enseignants seraient insuffisants. La qualité de l’éducation dans ces circonstances prend naturellement un coup. En effet, les taux de réussite par rapport aux écoles privées est très bas et c’est ce qui justifie que les parents ayant des revenus relativement élevés sollicitent des établissements privés (dont l’écrasante majorité se trouve dans les zones urbaines) pour leurs enfants. Il faut préciser que dans les écoles privées où officient beaucoup d’enseignants non formés, les taux de réussite ne sont élevés du fait de leur compétence, mais du fait des effectifs raisonnables leur permettant d’effectuer le travail dans une relative sérénité, de la trop forte pression exercée sur eux par le patronat en terme de volume de travail, et enfin du fait que les élèves détiennent toutes leurs fournitures de travail. La moyenne dans ce secteur est de 30 élèves par classe contre 80 dans le secteur public. Les effectifs pléthoriques, des écoles sans enseignants professionnels, tout cela contribue à dégrader la qualité de l’éducation dans le secteur public. Mais, on peut sans conteste dire des améliorations ont été effectuées dans l’éducation de base au Cameroun. En témoignent : la hausse constante du budget de ce secteur, le recrutement de plus de 30 000 enseignants en dix ans. Même si beaucoup reste à faire.


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