Le Système éducatif camerounais : quel regard pour les parents ?

samedi 30 avril 2011
par Bikoko Agnès Béatrice
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Depuis Charlemagnes, l’école est structurée autour de quatre groupes d’acteurs :
- les enseignants,
- les élèves,
- les parents et
- le gouvernement dans ses multiples démembrements.

Hier fort appréciée, l’école ou le système éducatif camerounais aujourd’hui est le plus décrié de tous les systèmes jusque-là par nous connus ; pour preuve : alors qu’il y a un quart de siècle de cela le Cameroun était l’un des pays africains subsahariens dont le système éducatif présentait les meilleures garanties, aujourd’hui et depuis deux decennies, l’on est unanime qu’il ne vaut rien et même qu’il tue les intelligences ; même les bacs tchadien, gabonais et centrafricains sont reconnus à l’extérieur tandis que le nôtre pas. C’est tout dire.

Si les débats autour de l’école ont souvent été une affaire des syndicats des enseignants et des pouvoirs publics qui se rejettent mutuellement les responsabilités quant à la déliquescence avancée de notre système éducatif, nous avons cherché à avoir l’avis des parents dans cette problématique scolaire et nous vous proposons ici, le regard d’un parent sur quelques axes majeurs de la manifestation du système scolaire camerounais.

L’auteur : Monsieur YEM en tant que parent que pensez-vous de l’école d’aujourd’hui dans notre pays ?

Monsieur YEM : J’ai mal aujourd’hui de parler de ce qu’on nomme par usurpation "formation scolaire", car en vérité l’école aujourd’hui chez nous ne forme pas mais déforme, elle ne construit pas, elle détruit les genies. J’ai eu le privilège de faire la bonne école dans ce pays, une école qui faisait la fierté de tous ; aussi je peux de manière légitime porter un regard critique de ce que les pouvoirs publics appellent aujourd’hui "l’école".

L’auteur : Vous dites que l’école (ou le système éducatif) chez nous tue les genies : dites-nous qui en est responsable et comment

Monsieur YEM : De manière objective, les responsabilités sont partagées entre les différents acteurs (élèves, enseignants, parents, gouvernement) même si c’est à des dégrés divers.

Les premiers responsables de la mort de l’école chez nous c’est le gouvernement avec ses gouvernants. Quand nous observons comment les gouvernants organisent notre système scolaire, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que c’est sciemment que ces gouvernants ont tué l’école en dépouillant les programmes de toute substance. Les programmes et les manuels scolaires aujourd’hui sont vides de substances par la volonté des gouvernants dont le but est tout simplement d’être des monarques à la tête du pays. Je m’explique : tous ces gens qui nous gouvernent aujourd’hui et qui ont vidé les programmes et les manuels scolaires de toute substance réelle ont été formés à la bonne école pour occuper les postes qui sont les leurs. Leurs parents étaient des anonymes mais grâce à l’école, ils sont devenus ce qu’ils sont. Aujourd’hui parce que leurs propres enfants ont raté sur le plan scolaire (parce que aveuglé par l’argent de leurs parents ou tout simplement parce que tarés), leurs parents ont décidé de réduire à néant l’école de peur que les enfants des pauvres qui s’adonnent à l’école ne viennent gouverner leurs enfants : il faut tuer l’école et ainsi le pouvoir financier qui est le leur permettra à leurs enfants, même cancres, de perenniser leur domination sur les pauvres.

Les gouvernants font donc tout pour que la valeur ne soit plus ce qu’on a dans la tête, mais ce qu’on a dans les poches. Même dépouillée de sa substance, les gouvernants font tout pour décourager les parents et les enfants à s’intéresser à l’école (et tout est fait pour) : coûts exorbitants de l’école, chômage endémique pour les diplômés, mécanismes frauduleux et mercantiles aux fins de spolier les parents avec la mise sur pied des structures de corruption telle l’Association des Parents d’Elèves qui ne sont association que de nom. Ils ont dépouillé l’enseignant de toute autorité sur l’élève, ils l’ont dépouillé du pouvoir d’achat, ils ont rendu encore plus difficile, les conditions de travail, ils ont tué l’espoir d’un plan de carrière, toutes choses qui contribuent encore plus à fragiliser ce qui aurait pu freiner l’hémorragie. On n’en finirait pas s’il faut parler du culte de la médiocrité instauré à travers la nomination des incapables sur la simple base d’appartenance tribale, sectaire ou de promotion canapée.

L’auteur : Les gouvernants sont donc les seuls responsables de l’agonie de notre système scolaire ?

Monsieur YEM :Certainement pas et je l’ai dit plus haut en affirmant que les responsabilités étaient partagées même si le gouvernement est le grand responsable. Beaucoup de comportements des enseignants, des parents et des élèves découlent des mauvaises décisions qui sont prises en amont du système.

Je reconnais que les parents que nous sommes avons démissionné depuis longtemps des responsabilités qui sont les nôtres. Quand un parent à la base ne parvient pas à inculquer à ses enfants le respect des aînés et principalement celui de l’enseignant, il l’a condamné à ne rien devenir quelque soient les efforts des enseignants et quelqu’élaboré soit le système scolaire. Ceux des parents les plus "responsables" sont aujourd’hui à payer la pension et les fournitures scolaires : Plus de préoccupation pour la discipline de l’élève. Va-t-il réellement à l’école ? étudie-t-il ses leçons le soir ? est-il discipliné ? Ces questions sont devenues aujourd’hui le dernier des soucis du parent. Je ne voudrais pas parler du mépris que les parents eux-mêmes affichent à l’égard des enseignants ; hier c’était tout le contraire où le parent était véritablement révérencieux vis-à-vis de l’enseignant. Au-delà donc des difficultés financières auxquelles les parents feraient face, ils n’ont pas d’excuse au regard des attitudes qu’ils affichent à l’égard des enseignants et désintérêt qu’ils manifestent quant au devenir de leurs enfants.

Les parents d’une manière ou d’une autre sont aussi complices de part leur complaisance vis-à-vis des directeurs des écoles et collèges, du proviseur des lycées mais aussi de l’administration centrale.

Comment comprendre que les parents dans leur quasi majorité soient conscients du vol, de l’arnaque et de la corruption dont ils sont victimes sans lever le petit doigt ?

Que font les 5000 Francs (cinq mille francs) exigibles pour l’apprentissage de l’informatique quand on sait qu’aucun établissement scolaire n’a une salle d’informatique digne de ce nom ? Pourtant il existe des établissements qui génèrent plus de 20 millions/an de frais d’informatique. Les chefs d’établissement en complicité avec l’administration centrale s’en mettent les poches et les parents les laissent faire. L’informatique n’est-elle pas une discipline comme le reste ? et s’il faut classer les disciplines , ne peut-elle pas être considérée comme une discipline majeure ? Chaque discipline devrait donc être payante. Non il est temps que les parents arrêtent de se faire voler avec leur complicité.

L’adhésion à une association selon les textes et les lois qui régissent ce secteur n’est-elle pas libre ? Quelles sont ces asssociations dites des Parents d’Elèves où tout le monde est obligé d’adhérer ? comment se forment les bureaux de ces associations et comment une tierce personne peut imposer à une association comment utiliser l’argent qu’elle génère ? Cela a-t-il un sens ? Les associations des parents d’élèves sont une mafia organisée par l’administration scolaire pour arnaquer les parents aux fins d’enrichissement personnel dont les chefs d’établissements sont au centre. Les parents sont complices de cet état de choses car ils savent bien où va l’argent qu’ils libèrent à travers ces associations. Nous disons qu’il est temps que cela aussi s’arrête. L’Etat doit prendre ses responsabilités. Dans les années qui viennent, nous allons lancer une campagne des parents responsables non seulement pour assumer nos responsabilités, mais également pour mettre un terme au vol et à l’arnaque qui sont organisés autour des frais dits d’informatique et d’APE. Si cela s’avère nécessaire nous irons auprès des tribunaux nous attaquer au Ministère qui a institué ce système de vol qui disons-nous est illégal.

Pour ce qui est des enseignants eux-mêmes, ils n’ont plus de vocation et ne se considèrent pas comme des parents comme cela était le cas par le passé. Aujourd’hui, il est monnaie courante d’entendre un enseignant dire "Que vous ayez compris ou non, mon argent passe et c’est ce qui compte". Le souci de l’enseignant n’est donc plus la formation d’une élite future pour un Cameroun dynamique, fort et prospère. A bien observer nos enseignants, ils sont devenus des chasseurs de primes. Beaucoup de nos enseignants dans les lycées et collèges sont sans niveau, donc incompétents et cherchent à trouver excuse derrière des arguments qui, s’ils sont vrais, ne justifient pas tout : ils vous parleront de baisse du pouvoir d’achat, des conditions difficiles de travail avec les effectifs pléthoriques dans les salles de classes, et bien d’autres choses.

Les élèves, les principaux concernés ne sont pas en reste. Tous ou presque semblent faire l’école par procuration. Ils sont plus intéressés par la mondanité que par leur structuration mentale et intellectuelle. Pour ceux dont les parents ont quelques moyens, ils sont convaincus qu’avec ou sans l’école leur avenir est assuré et même qu’ils auront des diplômes avec des têtes vides. Certes la société leur donne raison à ce niveau tout comme ceux dont les parents sont pauvres car ces derniers vous diront : "si ton père est un pauvre cultivateur, apprends n’importe comment, soit le plus grand genie de tous les temps, si tu as de la chance tu auras des parchemins mais tu finiras par être comme ton père parce que tu n’auras jamais de travail".

Oui le Système scolaire aujourd’hui tue les valeurs, détruit les génies, décourage les plus téméraires, parce que l’école, sans qu’on le dise tout haut, est le terrain de bataille politique par excellence pour ceux qui n’ont pour ambition que d’établir une monarchie qui permettra à leurs cancres de fils de maintenir la domination sur les enfants des pauvres.


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